Violences au Kasaï : les vérités de Scott Campbel

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(Tempête des tropiques)

 

Responsable pour l’Afrique Centrale au Haut Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme et l’un des rédacteurs du Mapping report, l’ancien Directeur du BCNUDH en RDC qui a recensé dix ans de crimes en RDC (de 1993 à 2003) affirme que la situation sécuritaire dans la province du Kasaï est caractérisée par de graves violations des droits de l’homme.   Ancien directeur du Bureau Conjoint des Nations-Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) en RDC, Scott Campbel a, dans une interview accordée à RFI, indiqué que l’impunité est le facteur majeur à la base des crimes dans le Kasaï.
«Ça reflète des tendances que nous avons constatées au Congo depuis une vingtaine d’années.

Donc on voit que des personnes qui sont alléguées d’être responsables des crimes très graves, des massacres, des viols, mais les responsables restent impunis depuis l’époque de la première guerre au Congo. On voit toujours certains acteurs militaires dans le positionnement du pouvoir. Évidemment c’est ça qui encourage la répétition du phénomène que nous voyons aujourd’hui au Kasaï», a déclaré Scott Campbel au micro de Sonia Rolley.

« Il y a plusieurs racines. D’abord les forces de sécurité, au lieu de protéger la population civile, commettent des violations graves et sans que d’autres institutions étatiques jouent leur rôle de les contrôler, notamment la justice militaire. Bref, on voit un cycle de violences suivi par l’impunité qui crée un environnement dans lequel personne n’est tenu pour responsable de ces actes. Chose qui encourage la répétition de l’utilisation d’une force excessive par les forces de sécurité », affirme Scott Campbel.

Il encourage par bailleurs la tenue du procès des 9 militaires Congolais impliqués dans le massacre présumé de Mwanza Lomba au Kasaï et demande à la justice militaire congolaise d’étendre la procédure à d’autres responsables ayant commis des crimes.

Des sanctions attendues contre les auteurs des crimes

« Les Nations-Unies demandent que tous les acteurs responsables de ces crimes soient traduits devant la justice», tance–t-il. Dans une enquête menée par Radio France Internationale, trois officiers de l’armée congolaise sont suspectés d’exactions au Kasaï comme dans l’Est du pays ».

Selon lui, le Bureau de l’Afrique Centrale au Haut Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme a documenté les abus commis par des milices Kamuina Nsapu, des attaques contre les institutions de l’Etat, les bâtiments, mais aussi contre les individus, les acteurs étatiques, la police, les militaires, des attaques très sérieuses contre les symboles et les agents de l’Etat. C’est extrêmement grave, dit-il.

« Vu l’échelle de ce qui se passe dans le Kasaï, nous avons découvert jusque-là au moins 42 fosses communes. Qu’il y ait un procès en cours, c’est une bonne chose bien sûr. Mais ce n’est pour nous peut-être qu’un début de ce qui doit être des enquêtes beaucoup plus élargies, approfondies, qui vont jusqu’au bout, des enquêtes qui les mettent devant leurs responsabilités malgré leur rang ou leur position politique », martèle Campbell.

Les Nations-Unies souhaitent que tous les acteurs responsables des violences au Kasaï soient traduits devant la justice. Pour rappel, en 2014, les autorités de Kinshasa avaient décidé d’expulser Scott Campbel, au lendemain de la publication d’un rapport de l’ONU pour les droits de l’homme. Ce rapport accusait la Police nationale congolaise d’exactions lors d’une opération dénommée « Likofi » qui visait à traquer les délinquants communément appelés « Kuluna » de Kinshasa entre novembre 2013 et février 2014.

 

 

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