Bizarre : une rébellion nargue les FARDC et la MONUSCO à Beni !

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(Le Phare)

La situation d’insécurité qui refait surface à Beni avec notamment le énième massacre qu’on vient d’enregistrer, suscite la curiosité et pousse à se poser des questions en ce qui concerne les derniers événements marqués par l’attaque, au même moment, des bases de l’armée régulière congolaise ainsi que de celle des casques bleus de la mission onusienne en RDC.
Il s’agit, en effet, d’une « mystérieuse rébellion » qui eu l’audace de s’attaquer sans la moindre hésitation à deux armées non seulement modernes mais également mieux équipées tant en hommes qu’en armes.
Les habitants de Beni, ville comme territoire, ont vu leur sommeil interrompu, hier lundi à l’aube, par des bruits assourdissants de tirs à l’arme lourde et légère. Il s’agissait des éléments armés présentés comme Maï-Maï, qui ont attaqué à la fois la base des forces armées de la RDC et celle des casques bleus positionnés dans cette région au vu des atrocités et exactions y enregistrées il y a peu.
            D’après des informations en provenance de Beni, ces tirs ont commencé autour de 4 heures pour se poursuivre durant toute la matinée. Selon les mêmes sources, les combats opposaient les rebelles soit disant Maï- Maï aux soldats de l’armée régulière et aux casques bleus de la Monusco. Bien que le bilan ne soit pas encore rendu public, il est une évidence que ces combats ont fait des morts de part et d’autre. On apprend même qu’un casque bleu y a perdu la vie.
            Certes, des rébellions, on en a connu en nombre dans cette partie du pays, y compris la présence des forces étrangères dites négatives opérant sur le sol congolais. Cependant, on n’a jamais vu une rébellion apparemment sans base arrière prendre les devants face aux armées modernes et bien équipées, en l’occurrence les FARDC (Forces armées de la république démocratique du Congo) et le cantonnement des troupes de la Monusco positionné dans cette région en proie à l’insécurité permanente, pour les attaquer à la fois !
 
Des alertes chronologiques
             D’après le récit fait par des leaders des organisations de la société civile opérant sur le terrain, un officier de l’armée avait annoncé au conseil urbain de sécurité le jeudi 5 octobre dernier, au cours du procès des présumés ADF à Beni, que « les voyants pour une possible attaque de la ville de Beni sont au rouge ». C’est-à-dire que les miliciens Maï Maï étaient en train de préparer une attaque contre la ville.
Le vendredi 6 octobre 2017, l’évêque de Beni-Butembo, Mgr Melchisédech Sikuli, avait alerté les autorités dans un communiqué sur les implications des FARDC et des Maï Maï dans des actes criminels dont les populations civiles des territoires de Beni et Lubero étaient victimes. Dans ce communiqué, le chef de l’église catholique dans le grand Nord dénonçait clairement des attaques sélective contre la population civile sur une présomption muée en slogan selon laquelle « tous les Nande sont des Maï Maï ».
            Le samedi 7 octobre 2017, des violents combats ont opposés les FARDC à la milice identifiée comme ADF à l’issue desquels les assaillants ont occupé le sanctuaire de Madina.
            Sur l’axe Mbau-Kamango, dans le secteur de Beni-Mbau, des dizaines de personnes ont été tuées par des éléments habillés en tenues militaires de couleur vert-pâle semblables à celles que portent les soldats Fardc engagés dans l’opération Sokola II. Parmi les victimes, il y a des agents des services publics de l’Etat.               Le bilan établi à l’issue de la réunion d’urgence du conseil de sécurité, tenue le dimanche 8 octobre à Kamango fait état de 22 morts dont une femme, une dizaine de motos plus un véhicule incendiés, 10 rescapés dont 7 femmes relâchés volontairement par leurs bourreaux.
 
Questions
            Comme annoncé dans le préambule de notre analyse, la situation bizarre enregistrée à Beni ce week-end ne peut laisser personne insensible. Elle suscite autant de questions.
            Sur quelles béquilles les Maï-Maï s’appuyent-ils pour avoir le courage d’attaquer les Fardc et la Monusco ? De combien d’’hommes et armes disposent-ils pour agir ainsi ? Qui les a armés ? D’où venaient-ils dans une zone où il y a patrouille mixte des Fardc et casques ? Qui étaient derrière eux pour tenir tête aux armées modernes pendant des heures ? Toutes ces questions non exhaustives sont sur les lèvres de nombre de compatriotes.
            Pour les analystes, cette résurgence soudaine de la violence qui nous rappelle la période chaude où le grand Kivu était miné par plusieurs forces négatives, constituerait un arbre qui cache la forêt. Elle résulterait d’une stratégie minutieusement élaborée dans des labos politiques visant l’éloignement de l’organisation des élections au motif de l’insécurité généralisée à travers le territoire national.
            Car, au regard du revirement de la situation sur le terrain, le Grand Kasaï jadis un havre de paix était pris de violences qui ont laissé des plaies encore non cicatrisées et revoici le Grand Kivu renouer avec la violence. A peine une semaine que l’armée venait de mettre en déroute la nébuleuse rébellion des Maï-Maï de Yakutumba, voici le bourbier de Beni fait encore parler de lui. Avant de passer à l’action, la société civile lançait l’alerte pour dénoncer la présence sur le lac Tanganyika des embarquements suspects ayant des armes à bord en provenance probablement des pays voisins. Mais, les autorités n’avaient pas pris en compte cette alerte.   
            Des bruits des bottes sont aussi signalés dans la province de Tanganyika, frontalière au lac qui porte le même nom.  Voilà ce qui consolide l’hypothèse des analystes selon laquelle, ce retour de la violence ne serait pas un fait du hasard, mais relèverait d’une stratégie de la terre brûlée..

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