Situation sécuritaire et sociopolitique de la province de l’Ituri

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(RRSSJ)

  1. CONTEXTE SOCIO POLITIQUE ET SECURITAIRE

La province de l’Ituri a connu une situation sociopolitique et sécuritaire relativement calme en général mais volatile et imprévisible dans les territoires de Djugu et le Sud Irumu durant le mois d’août 2018.

Dans la ville de Bunia, le contexte sécuritaire a été marqué par une recrudescence de banditisme à main armée et les cas d’enlèvement.

Ces cas de vols ont ciblé les maisons des particuliers, les bureaux des organisations non gouvernementales et même des partis politiques.

Les quartiers BANKOKO, HOHO et KINDIA ont été comme d’habitude les plus touchés par le banditisme, en dépit de multiples patrouilles y réalisées par la Police et les FARDC. D’autres quartiers comme LUMUMBA, SAIO, SIMBILYABO n’ont pas été épargnés des visites des bandits.

Dans la nuit du 06 au 07 Aout 2018, les bandits non identifiés ont cambriolé le bureau du Parti politique MLC (Mouvement pour la libération du Congo) situé au quartier Lumumba. Selon la source, ces bandits ont emporté une somme d’argent non spécifiée, sept chaises en plastique et plusieurs documents administratifs. La Police a ouvert une enquête.

Selon le bureau fédéral du parti, ce cambriolage est un acte de sabotage qui serait orchestré par leurs adversaires politiques pour étouffer leurs efforts dans la course vers les élections.

La ville de Bunia a connu aussi la hausse du phénomène de kidnapping durant ce mois d’Aout où 3 personnes ont été enlevées par des inconnus. Le cas saillant est celui d’une jeune fille de 16 ans enlevée le 28 août, vers 11h00 par des inconnus dans le quartier Mudzipela en ville de Bunia. Selon les témoignages, une somme de 1.000 $ a été revendiquée par les ravisseurs pour libérer l’otage. Ce montant aurait été payé par la famille mais l’otage reste encore retenu par les ravisseurs.

Pour le Territoire de Djugu, le contexte sociopolitique et sécuritaire est resté marqué par la psychose causée par la mort de deux militaires FARDC.

Dans la nuit du 25 au 26 août, aux environs de 03 h00 du matin, deux militaires des FARDC du 1301ème régiment ont été tués par les assaillants non identifiés dans un point de contrôle dans la localité de Dzkambu, groupement Laudjo, Secteur des WALENDU PITSI, à environ 25 km au nord LARGU, un centre de négoce à Djugu.

Selon la source, les victimes ont été décapitées et leurs armes récupérées par les assaillants. Les militaires des FARDC en colère ont été déployés dans la zone et ont tiré plusieurs balles en l’air. Selon plusieurs témoignages, cela avait occasionné le déplacement de plusieurs populations vers les localités voisines pour leur sécurité.

Depuis lors, une peur généralisée règne dans cette contrée, les habitants craignant les représailles des militaires FARDC.

Pour rappel, depuis le début de la crise de Djugu en février 2018, plusieurs cas de tueries des militaires ont été enregistrés dont le plus saillant est celui d’un colonel des FARDC assassiné par des inconnus le mois passé (juillet 2018) lorsqu’il regagnait sa base (le 3201e Régiment) à Djugu.

La partie sud du Territoire d’Irumu est restée sous le coup des attaques et incursions des miliciens des FRPI.

Durant le mois d’Aout, les éléments incontrôlés de ce groupe armée ont orchestré plusieurs cas de banditisme, d’enlèvement et de pillages des biens de la population de la Chefferie des WALENDU Bindi et même dans les chefferies voisines.

Le cas le plus saillant est celui  d’enlèvement de quatre agents de l’entreprise locale EITTP (Entreprise Immobilier de Tout Travaux Publique) sélectionnée par OIM pour la construction d’un bureau de la police à Burasi (dans la chefferie des WALENDU BINDI), par des miliciens de la FRPI entre Aveba et Bukiringi près du village Ozoba, à 10 km au Sud d’Aveba le 05 août vers 18h30. Selon la source, ces victimes ont été amenées dans la brousse en abandonnant leur véhicule à côté de la route principale. Après torture, agression et intimidation par les assaillants sans obtenir de l’argent qu’ils voulaient, ces otages ont été relâchés le lendemain vers 09h00. Aucune perte en vie humaine n’a été rapportée ni blessures graves.

Le Territoire de Mambasa a connu une situation sécuritaire relativement calme durant ce mois. Néanmoins, quelques cas d’activisme des MAI-MAI ont été signalés dans les carrés miniers vers l’axe NIANIA-EPULU sur la route nationale N°4.

Un cas d’enlèvement y a été opéré également. Dans la soirée du 05 août, deux personnes (Machinistes) travaillant pour un exploitant des bois ont été kidnappées par des hommes armés non identifiés près de la rivière EBIENA, à environ 18 km au Sud de Mambasa centre. Selon une source locale, les otages sont encore entre les mains des ravisseurs à ces jours, attendant la rançon exigée au patron de ces machinistes pour leur libération.

Le Territoire de Mahagi n’a pas connu d’incidents majeurs durant ce mois.

Le Territoire de d’ARU a connu également un calme relatif en ce mois d’août. Cependant, une tension a été signalée en date du 13 août, sur un conflit des limites opposant deux communautés notamment ALIVU et OMBATCHE, dans le groupement Apinaka, Chefferie Adranga, à environ 26 km au Nord-Ouest d’Aru centre.

Comme bilan, plus ou moins 33 maisons ont été incendiées et une personne blessée qui a été acheminé à l’hôpital pour recevoir des soins appropriés. Selon la même source, les enquêtes sont en cours par le parquet de la place.

  1. DROITS HUMAINS ET LIBERTES PUBLIQUES

 

Dans le chapitre Droits humains et libertés publiques, le mois d’août a été marqué par la poursuite des audiences des assaillants de la crise de Djugu par le Tribunal militaire garnison de l’Ituri et  quelques cas de manifestations publiques dans la ville de Bunia organisées par les acteurs politiques.

En date du 11 août, une dizaine des partis politiques de la majorité présidentielle ont organisé une série des manifestations et des marches publiques sur dans la ville de Bunia pour témoigner leur fidélité et loyauté à leur autorité morale et prétendant soutenir le processus électoral en cours en RDC.

Les militants de ces partis politiques ont pris d’assaut les principales artères de la ville, scandant des chants et cantiques d’éloge à leur autorité morale et appelant les habitants de l’Ituri à soutenir le candidat du FCC.

La Police n’a pas dérangé les manifestants, qui se sont comporté comme dans une terre conquise, troublant parfois la circulation avec leurs caravanes motorisées.

Face à cette situation qui a inquiété plus d’un observateur, les partis politiques et regroupements de l’opposition ont projeté également une marche dans les jours suivants dans la ville.

En date du 18 août, le parti politique DCF (Dynamique pour un Congo Fort) de l’opposition et le regroupement « Ensemble pour le changement » se sont vu refuser par la Mairie la marche qu’ils avaient prévue en cette date. Les dispositifs de la Police ont été déployés dans tous les coins stratégiques de la ville pour étouffer toute tentative de sortie sur la voie publique par les militants de ces partis et regroupement.

Déçus par cette situation de deux poids deux mesures, les partis et regroupements de l’opposition n’ont plus organisé d’autre marche ni manifestation criant à une injustice dans le chef des dirigeants de la province et de la ville.

III. DEGRE D’INTERACTION ENTRE LE RRSSJ ITURI ET LES ACTEURS ETATIQUES

La coordination provinciale de RRSSJ Ituri continue à entretenir de bonnes relations de collaboration avec les autorités politico administratives, judiciaires, sécuritaires de la province, et les Organisations non gouvernementales œuvrant dans la réforme du secteur de sécurité et de la justice et celles qui appuient la stabilisation en Ituri.

Le RRSSJ continue avec le monitoring du procès des assaillants de Djugu au niveau du tribunal militaire de garnison de l’Ituri. A la fin de ce procès, un rapport d’observation sera produit et publié par la coordination provinciale dans le cadre de la lutte contre l’impunité des crimes graves commis dans le territoire de Djugu.

A la fin du mois d’Aout, la coordination provinciale de RRSSJ a été invitée à participer à une table ronde à KOMANDA dans le territoire de d’Irumu par le secrétariat exécutif provincial de la STAREC Ituri. Ce qui démontre de la bonne collaboration avec certaines institutions étatiques de la province dans le cadre de la stabilisation.

La table ronde était organisée par l’ONG hollandaise PAX sur la gestion pacifique des conflits dans les chefferies des ANDISOMA et des WALESE VONKUTU dans le Territoire d’IRUMU. La coordination provinciale de RRSSJ y était invitée pour apporter sa contribution sur les voies de sortie et les propositions de solutions durables aux conflits gangrenant ces deux entités, vu son expérience dans la transformation des conflits.

La coordination provinciale a participé à la réunion mensuelle du groupe de travail stabilisation, dont la MONUSCO/SSU assure le lead mais dont les réunions se tiennent sous le patronage du Gouverneur de la province. Elle y a été invitée suite à sa sélection comme partenaire de mise en œuvre de certaines activités de sensibilisation dans le Territoire de Djugu pour le retour de la Paix, avec l’appui de la Section Affaires civiles de la MONUSCO.

  1. TABLEAU DES MEMBRES DE LA COORDINATION PROVINCIALE ITURI

Pour le mois d’août 2018, la coordination provinciale de l’Ituri a gardé le statu quo quant à la situation des membres.

Le bureau provinciale comprend toujours les 4 Organisations de la Société Civile, membres, toutes actives dont le tableau ci-dessous renseigne l’état de lieu.

 

ORGANISATION RESPONSABLE CONTACT SITUATION DANS LE RESEAU
JUSTICE-PLUS Xavier MACKY KISEMBO 0819610691, 0992997693 Organisation active
LE BON SAMARITAIN Théodore LUSAMBA MAMBA 0810085665 Organisation active
CENTRE PELICAN Gilbert TANDIA BAKONZI 0813027102, 0994251002 Organisation active
TERRE DES ENFANTS DAVID ALICAMA 0991357253 Organisation active
  1. LECONS APPRISES ET PERSPECTIVES D’AVENIR
  2. Leçons apprises :

La coordination provinciale RRSSJ Ituri continue à percer dans les contacts et le partenariat avec d’autres structures étatiques et non étatiques de la province.

Ce qui permet de participer à certaines grandes réunions de la province telle que la réunion du groupe de travail stabilisation qui se tient sous le patronage du gouverneur de la province.

  1. Perspectives d’avenir :

La Coordination Provinciale de l’Ituri a déjà signé un contrat de collaboration avec la MONUSCO, pour la mise en œuvre d’un micro-projet de sensibilisation, dans le Territoire de Djugu. Il reste, de la part du partenaire d’appui, l’envoi des fonds pour le début des activités, qui traine encore au niveau de Goma.

 

  1. RECOMMANDATIONS

La Coordination Provinciale de l’Ituri maintient quelques recommandations au Bureau de Coordination Nationale :

  • Assurer le renforcement de capacités des membres dans le domaine électoral pour bien effectuer le monitoring du processus électoral.

 

Fait à Bunia, le 31 août 2018

 

Pour RRSSJ-Ituri

Xavier MACKY KISEMBO
Coordonnateur Provincial

 

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