The Sentry appelle à enquêter sur les circuits de l’or de conflit reliant la RDC aux réseaux ougandais et à sanctionner les acteurs impliqués dans son blanchiment au profit des ADF

(ACTUALITES.CD)

Dans son enquête intitulée Brutalité adossée à l’or : les Forces démocratiques alliées affiliées à l’EIIL en République démocratique du Congo, The Sentry, une organisation d’enquête et d’analyse politique qui vise à démanteler les réseaux prédateurs multinationaux profitant des conflits violents, de la répression et de la kleptocratie, recommande au Conseil de sécurité des Nations unies et à plusieurs partenaires internationaux d’enquêter sur les chaînes d’approvisionnement en or de conflit et de renforcer les stratégies civiles pour lutter durablement contre l’enracinement du groupe armé.

Selon cette organisation, les investigations doivent notamment permettre d’identifier les négociants, les intermédiaires, les affineurs, les exportateurs et les facilitateurs financiers susceptibles de contribuer au blanchiment de l’or de conflit au profit des Forces démocratiques alliées (ADF). Ces acteurs, une fois identifiés, doivent faire l’objet de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU.

« Le Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE) devraient enquêter sur les chaînes d’approvisionnement en or de conflit reliant l’Est de la RDC aux réseaux ougandais de négoce, d’affinage et d’exportation. Une attention particulière devrait être accordée à l’identification des négociants, intermédiaires, affineurs, exportateurs et facilitateurs financiers qui, sciemment ou par négligence, facilitent le blanchiment de l’or de conflit au profit du groupe ADF. Ces acteurs devraient être pris en considération en vue d’une désignation au titre du paragraphe 7(g) de la résolution 2293 (2016) du Conseil de sécurité des Nations unies », recommande l’enquête de The Sentry.

Au-delà des enquêtes sur les circuits de l’or, The Sentry souligne les limites d’une réponse essentiellement militaire face aux ADF dans l’Est de la RDC.

« Étant donné que la pression militaire n’a réussi qu’à déplacer le groupe plutôt qu’à le démanteler, l’ONU, l’UE et d’autres partenaires internationaux devraient aider le gouvernement de la RDC à élaborer des stratégies civiles à long terme visant à réduire l’enracinement local des ADF et leur base de recrutement. La priorité devrait être accordée au renforcement de la capacité des communautés à résoudre les conflits locaux, que les ADF exploitent fréquemment pour s’attirer l’adhésion de la population locale en se présentant comme les Walinda Amani (« gardiens de la paix ») avant d’imposer leur propre régime coercitif », indique le rapport..

Pour l’organisation, la lutte contre les ADF ne devrait donc pas se limiter aux opérations militaires. Elle devrait également s’attaquer aux mécanismes économiques qui contribuent à soutenir le groupe, tout en renforçant la capacité des communautés locales à résister à son influence.

« La priorité devrait également être accordée aux programmes communautaires qui offrent d’autres perspectives économiques et sociales aux jeunes vulnérables au recrutement en tant que combattants ou facilitateurs des chaînes d’approvisionnement des ADF ».

Au-delà de l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, devenue le Front pour la refondation de la nation, à la tête duquel se trouve l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, la République démocratique du Congo reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021 mais aussi de l’état de siège proclamé dans ces deux provinces par le chef de l’État, Félix Tshisekedi

Si les dirigeants se sont toujours montrés relativistes et optimistes face à ces deux mesures, à savoir les opérations militaires conjointes entre la RDC et l’Ouganda et l’état de siège, cinq ans après leur mise en place, estimant que des résultats palpables sont visibles tout en reconnaissant que des défis restent à relever, les élus du coin et certaines organisations de la société civile estiment que ces deux mesures n’ont pas donné les résultats escomptés et qu’elles ont, au contraire, contribué à aggraver la situation. À ce jour, l’activisme des ADF est également signalé dans la province du Haut-Uele, une province qui n’était pas touchée avant l’instauration de l’état de siège et le lancement des opérations conjointes

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A propos de l'auteur : Adeline Marthe