Libération de prisonniers politiques: HRW appelle Kinshasa à faire plus

(Tempête des tropiques)

L’Ongdh internationale regrette que d’autres leaders politiques et non de moindres soient toujours en détention

annoncé vendredi dernier, au cours d’une conférence de presse, que quelques prisonniers politiques seront libérés. Il a également annoncé la levée de l’interdiction de deux médias proches de l’opposition, dans le cadre de la décrispation voulue du climat politique, afin de donner des chances de réussite au dialogue politique.

Parmi les prisonniers bénéficiaires de cette mesure figurent les activistes Christopher Ngoyi, Fred Bauma, Yves Makwambala et Jean-Marie Kalonji, ainsi qu’une vingtaine d’autres remis en liberté des semaines voire des mois auparavant. Mais, sur cette liste on ne retrouve pas les noms des opposants Jean-Claude Muyambo, Eugène Diomi Ndongala, Jean de Dieu Kilima, et d’autres qui continuent à croupir en prison depuis plusieurs mois et dont le Rassemblement de l’Opposition continue à réclamer à cor et à cri la libération.

Face à cette situation pour le moins discriminatoire, l’ONGDH Human Rigth Watch exhorte les dirigeants actuels de la RDC à faire plus en libérant les autres prisonniers politiques et d’opinion/ Depuis janvier 2015, le gouvernement a arrêté des dizaines d’activistes, ainsi que des dirigeants et des partisans de partis d’opposition, après leur opposition aux tentatives de prolonger la présidence de Joseph Kabila au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats, dont le second et dernier prend fin le 19 décembre 2016. D’autres ont été arrêtés après avoir participé à des manifestations pacifiques ou d’autres activités politiques.

Pour rappel, Christopher Ngoyi a été arrêté le 21 janvier 2015, pour sa contribution à l’organisation de manifestations réussies contre les modifications proposées à la loi électorale. Détenu d’abord dans un lieu secret par l’Agence nationale de renseignements sans chef d’inculpation, et privé de visites de sa famille et de ses avocats pendant 20 jours, il a été ensuite conduit à la prison centrale de Kinshasa.

Quant à Fred Bauma et Yves Makwabala, respectivement membre du mouvement des citoyens Lutte pour le changement (LUCHA) et webmaster, ils ont été arrêtés avec une vingtaine d’autres personnes lors d’un atelier organisé à Kinshasa en mars 2015, à l’occasion du lancement de Filimbi, une plate-forme de la jeunesse pro-démocratique.

L’Agence nationale de renseignements les a détenus pendant 50 et 40 jours, respectivement, avant de les transférer à la prison centrale de Kinshasa. Kalonji, coordinateur du mouvement pro-démocratie Quatrième Voix, a été lui arrêté le 15 décembre 2015, et détenu par l’Agence de renseignements pendant 132 jours en l’absence de chef d’inculpation et privé d’accès à sa famille et à un avocat, avant d’être transféré à la prison centrale de Kinshasa.

Le gouvernement a organisé des parodies de procès contre les quatre activistes à partir d’accusations montées de toutes pièces, dans le but inavoué de restreindre la liberté d’expression et d’opinions.

L’annonce de leur libération a été faite au lendemain de la rencontre que Joseph Kabila a eue avec des membres de la LUCHA dans la ville de Goma. Geste considéré comme un pas vers la bonne direction. C’est aussi perçu comme une reconnaissance de la part des autorités congolaises que les organisations LUCHA et Filimbi n’ont rien de  » terroristes  » et de  » subversif  » comme l’affirmaient certains officiels.

Mais, pour HRW, le gouvernement congolais a tout intérêt à faire plus. Car, d’autres prisonniers politiques demeurent en détention, parmi lesquels Bienvenu Matumo et Marc Héritier Kapitene, membres de la LUCHA ; Jean de Dieu Kilima, de Filimbi ; le leader d’opposition Jean-Claude Muyambo ; le membre de parti d’opposition Victor Tesongo, ainsi que quelques collaborateurs de Moise Katumbi, ancien gouverneur de la l’ex-province du Katanga, qui a démissionné du parti de Joseph Kabila en septembre dernier pour rejoindre l’opposition.

Les autorités congolaises sont appelées à libérer tous les prisonniers politiques et à abandonner les charges retenues contre les personnalités de l’opposition et activistes ciblés pour leurs opinions politiques ou leur participation à des manifestations pacifiques. Elles devraient également traduire en justice les personnes responsables de ces détentions illégales et arbitraires, et s’abstenir d’ingérence politique dans le système judiciaire.

Par Ida Sawyer, Chercheuse senior sur la RD Congo auprès de HRW

 

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About the Author: Adeline Marthe