Gouvernance sécuritaire en RDC : Quand la réponse militaire alimente le chaos

L’éclairage scientifique décisif d’Emmanuel Kabengele et Joël Nzampungu sur le piège de l’« insécurité sécurisée »

La République Démocratique du Congo traverse l’une des crises de gouvernance sécuritaire les plus complexes et dramatiques de son histoire moderne. C’est dans ce contexte d’urgence absolue que vient de paraître une étude scientifique majeure qui bouscule les paradigmes établis.

Publiée au sein de la prestigieuse revue thématique East African Journal of Crime and Security (Vol. 1, 2026), l’étude intitulée « La spirale de l’« insécurité sécurisée » en RDC : Analyse criminologique de la réaction sociale et des conditions d’une légitimité ascendante » offre une grille de lecture novatrice, mettant à nu les causes profondes et systémiques de la pérennisation des conflits congolais.

👥 Deux figures d’exception pour une analyse sans concession

La force exceptionnelle de cette contribution réside dans la complémentarité académique et l’expertise de terrain de ses deux auteurs, tous deux reconnus comme des spécialistes de premier plan en matière de sécurité intérieure.

Auteur Profil & Expertise
Me Emmanuel Kabengele Kalonji Coordonnateur emblématique du Réseau pour la Réforme du Secteur de Sécurité et de Justice (RRSSJ), Avocat au Barreau du Kasaï-Oriental, Diplômé d’Études Supérieures et Doctorant en criminologie (Sécurité intérieure). Figure incontournable de la société civile stratégique, il apporte une connaissance intime et pragmatique des rouages institutionnels et des réalités de terrain.
Prof. Joël Nzampungu Imbole Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication et Doctorant en criminologie (Sécurité Intérieure). Son expertise conceptuelle de haut niveau enrichit l’étude d’une rigueur et d’une finesse théoriques remarquables.

Une synergie méthodologique inédite : En unissant leurs forces, les deux chercheurs opèrent une synthèse brillante entre la méthodologie qualitative empirique (enquêtes de terrain, focus groups, triangulation des données via NVivo) et les théories de la criminologie critique internationale.

 

Me Emmanuel Kabengele Kalonji

 

Coordonnateur du RRSSJ & Doctorant en criminologie

Prof. Joël Nzampungu Imbole

 

Docteur en SIC & Doctorant en criminologie

La réaction sociale : Quand l’État catalyse malgré lui les insurrections

Mobilisant le paradigme criminologique de la réaction sociale, l’étude démontre de manière irréfutable que la réponse exclusivement punitive et hyper-militariste de l’État agit trop souvent comme le premier vecteur des escalades armées.

En étiquetant hâtivement de « terroristes » ou de « rébellions » des revendications foncières et coutumières à l’origine légitimes, l’appareil répressif ferme les voies du dialogue. Résultat : des citoyens marginalisés se voient précipités dans la déviance secondaire, adoptant l’engagement milicien comme ultime stratégie de survie et d’autodéfense.

Une dualité spectaculaire des foyers de crise :

  1. À l’Est (Kivu, Ituri) : L’accumulation d’exactions, l’emprise de réseaux criminels hybrides exploitant les ressources minières et la stigmatisation des civils entretiennent un piège mortel. La population s’y retrouve prise en étau entre la violence des groupes armés et les abus de soldats précarisés.

  2. À l’Ouest (Kwamouth-Maluku) : Un simple litige foncier et coutumier autour de la redevance Ibonza s’est métamorphosé, sous l’effet du déni institutionnel et de la brutalité policière, en une insurrection armée tragique (milice Mobondo). Bilan dramatique : plus de 5 000 morts, 280 000 déplacés, 70 % des fermes du Plateau des Bateke abandonnées et l’apparition de 34 barrières d’extorsion.

Bilan sans concession : Les 4 verrous structurels de l’État de droit

L’étude dresse un état des lieux critique des blocages institutionnels qui paralysent l’assainissement de la sécurité en RDC :

  • ⚖️ Défaillance criante du système pénal : Seuls 30 % des cours et tribunaux prévus par la Constitution sont aujourd’hui fonctionnels. Pire encore, la part du budget national allouée à la Justice s’est effondrée de 2,21 % en 2020 à 1,32 % en 2026. L’accès au juge devenant monétisé (« la loi du plus offrant »), les citoyens spoliés basculent massivement vers des justices parallèles ou les milices.

  • 🕵️ Anachronisme des services de renseignement (ANR) : Régie par un décret-loi pré-constitutionnel datant de 2003, l’ANR opère sans loi-cadre ni contrôle parlementaire effectif, exerçant de facto des prérogatives de police judiciaire propices aux arrestations arbitraires.

  • 🛡️ Inachèvement des réformes des FARDC et de la PNC : Fragilisation due à l’intégration sans filtrage (vetting) d’anciens rebelles, précarité extrême des troupes, paralysie de l’Inspection Générale de la Police par manque de décrets d’application, et blocage du déploiement de la Police de Proximité.

  • ⏳ Impasse du programme P-DDRCS : Sous-financement chronique et lourdeurs bureaucratiques transforment les camps de transit en véritables antichambres de la faim, incitant les démobilisés à reprendre le maquis.

La voie de la pacification : Pour un paradigme « Bottom-Up »

En conclusion de cette analyse magistrale, Emmanuel Kabengele et Joël Nzampungu lancent un appel vibrant : aucune solution durable ne viendra de la force brute ni de la surenchère répressive.

Pour briser la spirale de l’« insécurité sécurisée », la RDC doit opérer un virage stratégique à 180° vers une co-construction ascendante (bottom-up) de la sécurité humaine. Cela implique :

  • 🗣️ La réhabilitation prioritaire du dialogue intercommunautaire ;

  • 🕊️ Le recours à la justice restaurative ;

  • 🤝 La régulation foncière concertée et équitable ;

  • 🛡️ La restauration d’une légitimité relationnelle et de confiance entre les citoyens et leurs forces de l’ordre.

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A propos de l'auteur : Adeline Marthe