Négociations de Kampala : Le M23 exige l’examen du volet politique et sécuritaire avant tout accord Pas de signature d’Accord ce vendredi avec la faction de Sultani Makenga

[Forum des As]

15 mars 2013

Contrairement aux informations diffusées tout au long de cette semaine, il n’y aura pas de signature d’Accord de paix aujourd’hui vendredi à Kampala entre le gouvernement et une faction des rebelles pro-rwandais du M23, en l’occurrence celle de Sultani Makenga. Ce n’est pas à Kinshasa qu’on annonce la nouvelle mais ce sont les rebelles eux-mêmes par la bouche de leur nouveau Président, Bertrand Bisimwa, qui livre l’information. Ce dernier soutient qu’il n’y aura aucune signature d’Accord en ce jour dans la mesure où le Médiateur, le Président ougandais Museveni Kaguta ne les a pas saisis pour ce faire. Donc la signature n’est pas encore  à l’ordre du jour.

Par ailleurs Bisimwa ne s’est pas empêché de faire monter les enchères comme d’ordinaire en rappelant qu’il y a encore deux volets de l’ordre du jour de ces négociations qui n’ont pas encore été examinés. Il s’agit des questions sociopolitiques et sécuritaires. Le chef rebelle fait savoir qu’ils ne signeront rien avec le gouvernement aussi longtemps que ces deux volets restés en suspens ne seront pas épuisés. Comme ce n’est pas encore le cas à ce jour, Bisimwa persiste et signe que le M23 ne signera rien du tout.

On connaît la position du gouvernement à ce sujet. A Kinshasa, on est convaincu que les pourparlers de Kampala ont  été soldées dans la mesure où le volet qui concerne la réévaluation de l’Accord du 23 mars 2009, base de la mutinerie des anciens rebelles du CNDP devenus M23  avait déjà été épuisé et un PV de constat signé entre les deux parties sous l’égide du Médiateur ougandais.

En ce qui concerne les deux volets restants, le gouvernement pense que le M23 devrait faire ses propositions qu’ils considéreraient comme étant ses  contributions sur ces matières qui ne font pas l’objet de l’Accord signé en son temps avec le CNDP, le géniteur du M23.

Comme on le voit, le dialogue des sourds se poursuit à Kampala où chaque partie campe sur ses positions et sa lecture des faits qui est diamétralement opposée à l’autre.

ACCORD AVEC QUELLE FACTION DU M23 ?

Sur le terrain au Nord-Kivu, la guerre continue entre les deux factions rebelles, celle de Makenga et celle de Runiga coaché par Ntaganda. Vraisemblablement aucune d’elle ne l’a emporté sur l’autre pour prétendre être la seule légitime à signer avec le gouvernement. Ce dernier devrait par conséquent faire preuve de prudence et attendre que les choses soient tirées au clair pour s’engager avec ceux qui seront réellement des représentants du M23.

Ce qui est vrai c’est qu’à ce jour, on assiste bel et bien à l’existence de deux ailes bien distinctes du mouvement qui se partagent le territoire de départ du M23. Makenga et son groupe occupent Bunangana et une partie de Rutshuru tandis que les hommes de N’Taganda sont visibles sur une partie de Rutshuru et une partie de Masisi.

Dès lors l’équation de la paix se complique et devient même plus complexe que s’il s’était agi du M23 uni. La population de cet espace paye le lourd tribut de ce chaos sécuritaire dont le bilan macabre fait chaque jour état des dizaines de morts et des milliers de déplacés qui fuient massivement les zones de confrontation.

Qui plus est, la trêve que le gouvernement avait conclue avec le M23 original de Runiga et Makenga à l’aube des négociations de Kampala n’est plus de mise. Elle a volé en éclats. Pas du fait de Kinshasa, mais des deux factions décidées à en découdre par les armes et ce jusqu’au jour où l’une d’elles sera envoyé au fond du précipice.

Ce n’est peut-être pas évident quand on sait qu’il y a plus de chance que cette guerre intra-M23 ne résulte pas d’un hasard comme le penseraient naïvement certains mais il y a une certaine planification de certaines officines avec des objectifs prévus de rendre le Kivu ingouvernable, d’empêcher même la signature d’un Accord de paix. Car déposer les armes n’est pas du goût de tout le monde.

On ne le dira jamais assez : il est plus facile aux Congolais de faire face à un seul groupe du M23 et non à plusieurs M23 qui exigeront non une solution mais plusieurs solutions. Ce qui met davantage d’embûches sur le chemin de la paix. La preuve, c’est que la guerre a repris de plus belle, avec une violence inouïe, une guerre qui n’implique pas les Fardc et dont les clés sont ailleurs.

Ce qui met la puce à l’oreille, c’est l’aisance avec laquelle les deux factions du M23 sont en train de mener cette nouvelle guerre sans même se préoccuper de la force de la SADC qui devra être mise en place pour les neutraliser.

Peut-être que les rebelles sont au courant des écueils qui jalonnent la mise sur pied de cette Brigade à l’exemple des discussions qui ont lieu actuellement entre chefs d’Etat de la SADC dont certains ne trouvent plus d’opportunité pour cette Brigade préférant privilégier le dialogue qui se tient à Kampala. C’est le point de vue de l’Angola qui estime que la solution en Rdc passe par une résolution pacifique de la crise.

La résolution pacifique avec une rébellion sans visage dont les ténors sont en train de redéchirer à coup de canons. La résolution pacifique de Kampala où voilà bientôt quatre mois que le gouvernement et les rebelle sont autour d’une table sans résultat. Jusqu’à ce jour, ces pourparlers ne sont caractérisés que par des impasses, des divergences insurmontables que le Médiateur n’a pas réussi à concilier. Peut-être faudra-t-il attendre que le Congolais Denis Sassou, général d’armée qui est au fait des questions congolaises  et qui n’a pas un pied dans le conflit récupère le témoin de la Présidence de la CIRGL.

 

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